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Goldorak et Mazinger : la saga Go Nagai et ses jouets

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La rédaction Jouets Vintage
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12 min de lecture

Goldorak et Mazinger appartiennent à la même saga, imaginée par Go Nagai. Grendizer, titre japonais de Goldorak, prend la suite de Mazinger Z puis de Great Mazinger sur Fuji TV en octobre 1975. Le pilote Koji Kabuto, rebaptisé Alcor en France, assure le lien entre les trois séries.

Cette parenté échappe encore à beaucoup de collectionneurs français, pour une raison simple : Mazinger Z n’a jamais été diffusé en France à l’époque. Le public hexagonal a découvert le troisième volet d’une trilogie sans avoir vu les deux premiers, et cet angle mort explique une bonne partie des confusions qui circulent dans les bourses aux jouets.

Goldorak, Mazinger : la filiation en clair

Trois séries, un seul auteur, un seul studio. Go Nagai imagine Mazinger Z, puis Great Mazinger, puis Grendizer. Toei Animation et Dynamic Planning produisent les trois, Fuji TV les enchaîne sans laisser de vide dans la grille. Les créneaux de première diffusion au Japon :

  • Mazinger Z : du 3 décembre 1972 au 1er septembre 1974, 92 épisodes
  • Great Mazinger : du 8 septembre 1974 au 28 septembre 1975, 56 épisodes
  • UFO Robo Grendizer : du 5 octobre 1975 au 27 février 1977, 74 épisodes

Regardez les dates de près. Chaque série démarre la semaine ou presque où la précédente s’achève. Cette continuité de case horaire, autant qu’une continuité d’univers, structure ce que les fans japonais appellent la saga Mazinger.

Pourquoi le robot s’appelle Grendizer au Japon

Le titre original se lit UFOロボ グレンダイザー, soit UFO Robo Grendizer. Le mot Grendizer est le nom du robot lui-même, choisi par Go Nagai et Toei Animation dès la conception de la série en 1975. Aucune traduction n’a jamais été prévue.

Le préfixe UFO n’a rien d’anecdotique. Il annonce le virage du récit : après deux séries de robots terrestres construits dans un laboratoire japonais, Grendizer est une machine extraterrestre, arrivée sur Terre à bord d’une soucoupe. Le mecha design bascule du blindé au vaisseau.

Cette rupture explique pourquoi la série a pu voyager seule. Grendizer se comprend sans avoir vu Mazinger Z, contrairement à Great Mazinger qui reprend l’intrigue précédente. Les acheteurs étrangers ont pris le seul volet de la saga qui se suffisait à lui-même.

Le manga paraît dans TV Magazine à partir d’octobre 1975, en parallèle de la diffusion. Papier et écran avancent ensemble, ce qui multiplie les visuels disponibles pour les fabricants de jouets.

Goldorak, un nom né entre Goldfinger et Mandrake

Voilà la question qui revient le plus souvent : pourquoi Goldorak et pas Grendizer. La réponse tient à un homme et à une soirée de brainstorming.

Jacques Canestrier, qui détient les droits français de la série via sa société Pictural Films, cherche un titre qui accroche l’oreille. Il assemble le Gold de Goldfinger, le film de James Bond, et le rak de Mandrake le magicien. Le résultat passe le seul test qui vaille : sa fille de huit ans valide.

Le procédé paraît artisanal. Il a pourtant produit un nom devenu si dominant en France que la marque japonaise y reste minoritaire, cinquante ans plus tard.

Boîte cartonnée d’un robot japonais des années 70 photographiée sur une table en bois

Alcor, le personnage qui relie les deux univers

Koji Kabuto pilote Mazinger Z sur les 92 épisodes de la série de 1972. C’est lui, l’adolescent au casque, qui affronte le docteur Hell et ses bêtes mécaniques, et c’est lui qui relie Goldorak et Mazinger.

Dans Grendizer, Koji revient en ingénieur qui étudie les apparitions d’ovnis près du mont Fuji. Il ne pilote plus de robot géant : il conçoit et manœuvre la petite soucoupe que les enfants français connaissent sous le nom de soucoupe d’Alcor.

Ce déclassement n’a rien d’un hasard. Toei Animation et le fabricant Popy voulaient une vedette neuve à vendre, pas un héros recyclé. Le personnage reste, la vitrine change.

Mazinger Z et Great Mazinger, les deux séries d’avant

Mazinger Z pose les codes du genre en 1972 : un robot piloté de l’intérieur, un savant fou, une école de créatures mécaniques à détruire chaque semaine. Le succès est massif au Japon, et il fonde toute l’industrie du super robot.

Great Mazinger arrive en septembre 1974 et change de pilote sur 56 épisodes. Le cockpit passe à Tetsuya Tsurugi, un orphelin entraîné depuis l’enfance par le docteur Kenzo Kabuto, le père de Koji que tout le monde croyait mort. L’adversaire change aussi : l’Empire des Mycènes remplace le docteur Hell.

Trois pilotes, trois postures. Koji fonce, Tetsuya se contient, Actarus porte un exil.

Aucune de ces deux séries n’a été programmée en France à l’époque. Le résultat se voit encore dans les brocantes : un vendeur présente volontiers une figurine Great Mazinger comme un Goldorak inconnu, faute de repère. Cette méconnaissance crée des occasions pour l’acheteur informé, et des erreurs de prix dans les deux sens.

Comment Actarus se retrouve aux commandes de Goldorak

Le prince d’Euphor voit sa planète anéantie par les forces de Véga. Il s’enfuit à bord du robot que les siens venaient d’achever et se pose sur Terre, blessé. Le professeur Procyon le recueille, lui donne une identité d’emprunt et cache la machine sous le Centre d’études spatiales.

Actarus vit donc en éleveur de chevaux le jour, en dernier soldat d’un peuple mort la nuit. Ce ressort de deuil, rare dans un programme pour enfants de 1975, donne à la série sa gravité particulière.

En face, le roi Véga lance chaque semaine un Golgoth depuis la base lunaire. Le terme est resté dans le vocabulaire des collectionneurs français, où il désigne toute la ligne des adversaires mécaniques déclinés en jouets.

Actarus n’a donc pas reçu Goldorak, il l’a emporté dans sa fuite. Et la série se referme sur son départ, quand le prince quitte la Terre pour rebâtir sa planète.

Le ciel comme dictionnaire : les noms français

Canestrier a trouvé le titre, pas les personnages. Le doublage est confié à Interfilms, la société de Jean-Pierre Steimer, et c’est Michel Gatineau, directeur artistique des enregistrements et voix du professeur Procyon, qui écrit l’adaptation des dialogues. Il remplace les patronymes japonais par des noms d’astres, et tient le principe sur les 74 épisodes.

  • Actarus vient d’Arcturus, l’étoile la plus brillante du Bouvier
  • Alcor reprend la compagne de Mizar, dans la Grande Ourse
  • Mizar, le petit frère de Vénusia, porte justement l’autre moitié de ce couple d’étoiles
  • Procyon désigne l’étoile principale du Petit Chien
  • Vénusia renvoie à la planète Vénus

Une exception circule pourtant partout : Phénicia. Le prénom, attribué à Anne Gatineau, épouse du directeur artistique, ne correspond à aucune étoile répertoriée en 1978. L’Union astronomique internationale n’a baptisé Phoenicia une étoile de la constellation de l’Aigle qu’en 2019, quarante et un ans après le doublage.

3 juillet 1978 : le jour où la France bascule

La série arrive sur Antenne 2 le 3 juillet 1978, dans la toute première émission de Récré A2, produite par Jacqueline Joubert et animée par Dorothée. Elle y restera jusqu’au 24 octobre 1980. Le Québec suit dès le 9 septembre 1978 sur le réseau TVA.

Le public découvre un héros venu d’ailleurs, un graphisme sec, des morts à l’écran, très loin de ce que Walt Disney et l’animation française proposaient alors. Une partie de la presse s’alarme de la violence supposée du programme. Les enfants, eux, ne discutent pas.

L’éditeur Kana résume la chose sans détour : Grendizer a démocratisé l’animation japonaise en France. Tout ce qui suit, des Chevaliers du Zodiaque aux mangas en librairie, passe par cette porte de juillet 1978.

Poste de télévision cathodique des années 70 allumé dans un salon au papier peint orangé

Les crossovers qui ont scellé la parenté

Deux courts métrages produits par Toei Animation et Dynamic Planning officialisent la famille. Le 20 mars 1976, le Toei Manga Matsuri projette UFO Robot Grendizer vs. Great Mazinger, 27 minutes pendant lesquelles Koji est capturé et interrogé, puis Great Mazinger détourné du musée où il est exposé aux côtés de Mazinger Z.

Le 18 juillet 1976, un second crossover de 31 minutes réunit Grendizer, Getter Robo G et Great Mazinger. Les spectateurs français l’ont connu sous le titre Goldorak, l’attaque du Dragosaure.

Ces films ne sont pas canoniques et les puristes japonais le rappellent volontiers. Pour un collectionneur, leur intérêt est ailleurs : ils ont légitimé les vitrines mixtes, où Goldorak partage l’étagère avec les Mazinger.

Affiches de cinéma japonaises des années 70 punaisées sur un mur de brique

Sur le terrain, cette parenté vaut argument de vente. Un lot Goldorak et Mazinger de la même période Popy part plus vite qu’un lot dépareillé : les acheteurs de robots japonais achètent une continuité autant qu’un objet.

Popy, l’usine à chogokin qui a tout déclenché

En février 1974, Popy, filiale de Bandai, lance une ligne de robots en métal moulé baptisée Chogokin. La toute première référence du catalogue est la GA-01 Mazinger Z : torse, épaules et jambes en alliage de zinc, tête en plastique injecté, poings propulsés par ressort.

Cette première référence connaît pourtant un défaut de conception qui oblige Popy à lancer une campagne de remplacement gratuit. Conséquence directe pour le collectionneur : il existe des variantes précoces et des variantes corrigées d’un même GA-01. Le succès, lui, redessine l’industrie du jouet japonaise des années 70.

Grendizer suit avec la référence GA-37, sortie au catalogue Popy en 1976, déclinée ensuite en versions deluxe accompagnées de la soucoupe porteuse. Ces ensembles deluxe constituent aujourd’hui le haut du marché français, très loin devant les figurines seules.

Popy pousse aussi le format géant : les Jumbo Machinder, grandes silhouettes en polyéthylène, poings lançables, parfois vendues avec leur véhicule. Ce sont ces moules-là qui vont traverser l’Atlantique.

Shogun Warriors : quand Mattel exporte Mazinger et Goldorak

Mattel achète la licence et distribue la gamme en Amérique du Nord sous le nom Shogun Warriors, de 1977 à 1980. Trois jumbos ouvrent la série : Mazinga, Raydeen et Dragun, hauts de 23 pouces et demi d’après le site de référence Shogunwarriors.org.

La gamme se décline ensuite en plusieurs échelles : figurines en métal moulé de 3,5 et 5 pouces, véhicules, ensembles combinables. Great Mazinger y figure sous le nom Mazinga puis Great Mazinga selon les vagues de production, Grendizer sous les noms Grandizer ou Goldorak selon les marchés.

La fin de la gamme tient à la réglementation. Les armes propulsées par ressort deviennent problématiques aux yeux des autorités américaines, les fabricants remodèlent leurs produits, et les ventes reculent. Mattel arrête en 1980.

Retenez ce point si vous chinez en Europe : des boîtes françaises Goldorak coexistent avec les boîtes Shogun Warriors américaines et les boîtes Popy japonaises, pour des jouets parfois identiques. Le nom sur le carton ne suffit jamais à identifier une pièce.

Le marché français a aussi vu circuler les figurines plastique et PVC de Ceji Arbois, moins détaillées et bien plus accessibles que les modèles japonais. Jouées, cassées, perdues, elles surprennent aujourd’hui par leur rareté en bon état, et les vendeurs les bradent volontiers.

Étagère de collectionneur avec plusieurs robots en métal moulé des années 70 sous lumière rasante

Reconnaître une pièce d’époque d’une réédition

Bandai n’a jamais cessé de réexploiter ces moules. Sa gamme Soul of Chogokin propose des relectures modernes, dont la GX-04 consacrée à Grendizer, ressortie en coffret pour les cinquante ans de la série. Confondre les deux générations coûte cher.

Le marquage et la matière

Les chogokin d’époque associent alliage de zinc et plastique injecté, avec un poids inhabituel pour leur taille. Les rééditions affichent des finitions plus propres, des articulations plus nombreuses, des peintures plus régulières. Un jouet de 1976 porte les traces de son procédé : bavures de moulage, teintes variables, vis apparentes.

Les accessoires de remplacement

C’est le piège numéro un. Missiles, cornes, poings et éléments de soucoupe se rachètent au détail depuis des décennies. Un exemplaire d’origine et un exemplaire complété avec des pièces récentes se ressemblent en photo et ne valent pas la même chose. Demandez des clichés en lumière du jour, sous plusieurs angles.

La boîte et ses satellites

Une boîte d’époque se juge sur trois éléments : le carton, la notice, et la planche d’autocollants non posée. Ce dernier détail sépare les pièces courantes de celles qui font monter les enchères. Vérifiez aussi la langue et le nom imprimé, qui trahissent le marché de destination.

Ce qui fait vraiment la cote d’un Goldorak vintage

Les revendeurs français spécialisés affichent des fourchettes très écartées d’un site à l’autre, de quelques dizaines d’euros pour une figurine loose incomplète à plusieurs milliers pour un DX Popy complet en boîte.

L’état prime sur la rareté

Un modèle courant en état neuf de boîte dépasse souvent une référence rare fatiguée. Le die-cast supporte mal l’humidité, le plastique jaunit sous UV, les autocollants d’origine se rétractent. Un exemplaire conservé au sec depuis 1978 est une anomalie statistique, et le marché la paie comme telle.

La complétude se documente

Établissez la liste des accessoires d’origine avant d’acheter, référence par référence. Ces listes circulent sur les forums français, et elles ne coïncident pas toujours entre versions japonaise, américaine et européenne d’un même robot.

Les mêmes règles gouvernent d’ailleurs l’ensemble du marché rétro, comme le montre notre méthode pour estimer la valeur de vos jouets anciens ou le classement des jouets anciens les plus recherchés.

Mains gantées inspectant les accessoires d’un jouet robot vintage posé sur un tissu sombre

Par où commencer une collection Goldorak

Commencez par les pièces basses du marché. Une figurine PVC Ceji, un livre-disque, un album de vignettes : ces objets vous apprennent à lire un état, une impression, un carton. Le die-cast japonais viendra après.

Fixez ensuite une ligne de collection plutôt qu’une accumulation. Trois angles fonctionnent bien : le robot seul dans toutes ses échelles, l’écosystème Goldorak avec soucoupes et véhicules, ou la trilogie Goldorak Mazinger au complet. Ce dernier choix est le plus cohérent historiquement, et le plus exigeant en budget.

Surveillez aussi le calendrier éditorial, qui réactive régulièrement la demande. Kana a tiré à 10 000 exemplaires son édition collector de la bande dessinée Goldorak, parue le 15 octobre 2021 et supervisée par Go Nagai. Chaque sortie de ce type fait bouger les prix de l’occasion pendant plusieurs mois.

Cette mécanique de désir n’a rien de propre à Goldorak. Elle rejoint ce qui rend la nostalgie des jouets si puissante chez les acheteurs adultes, et elle joue de la même façon sur les jouets des années 80 ou sur les figurines des années 90.

Prochaine étape : photographiez sous tous les angles les pièces que vous possédez déjà, identifiez leur référence exacte, puis comparez avec les ventes closes des six derniers mois. Comptez deux ou trois semaines d’observation avant votre premier achat.

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La rédaction Jouets Vintage

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