Les Dinky Toys sont des miniatures en métal moulé baptisées ainsi en 1934 par Meccano Ltd, l’entreprise de Frank Hornby installée à Liverpool, et fabriquées aussi en France, à Bobigny. Pour situer une pièce, quatre indices suffisent souvent : la matière, le marquage de la plaque de fond, les roues et la boîte.
Dinky Toys : des accessoires de train devenus une marque
Tout part du train miniature. Meccano Ltd, créée par Frank Hornby pour fabriquer des boîtes de construction métalliques, vend aussi les trains Hornby. En 1933, elle propose de petits accessoires moulés pour animer les réseaux, regroupés sous l’appellation Modelled Miniatures.
Le figurant prend vite le premier rôle. Dès 1934, le Meccano Magazine présente ces pièces sous le nom de Dinky Toys, et la fabrication s’installe à l’usine de Binns Road, à Liverpool. En août 1935, la gamme compte déjà près de deux cents articles, dont des navires, des avions et de petits trains.
Le Victoria and Albert Museum conserve un coffret numéroté 60, daté des environs de 1935, qui réunit dix avions dans leur emballage bleu d’origine, et deux caravanes motorisées de la même période, coulées en plomb. Ce détail compte : les toutes premières Dinky Toys sont en plomb, avant le passage au zamak, un alliage de zinc moulé sous pression. Le poids en main donne donc un premier indice d’époque.
Une série militaire, numérotée de 151 à 162, arrive entre 1937 et 1939. Puis la guerre coupe l’élan : aucune miniature ne sort de Binns Road entre 1941 et 1945, et l’usine française est réquisitionnée par l’occupant.
Liverpool et Bobigny, deux catalogues qui divergent
La branche française précède la marque. Frank Hornby ouvre un bureau à Paris en 1912, une usine rue Rebeval en 1921, puis un second site à Bobigny en 1931, où se concentrera la production des miniatures. Les premières Dinky Toys françaises sortent dès 1934.
Bobigny trace vite sa propre route. À la fin des années 1930, le catalogue français s’écarte de celui de Liverpool pour reproduire les modèles des constructeurs nationaux : Citroën, Peugeot, Simca, Renault, Panhard et la filiale française de Ford.
L’après-guerre marque aussi les pièces françaises. À partir de 1945, le caoutchouc, réservé à l’armée, manque : les véhicules sortent sur des roues en métal plein. Une miniature française de ces années chaussée de métal n’a donc rien d’une pièce bricolée.
En 1951, les bureaux de la rue Rebeval ferment et toute la fabrication se regroupe à Bobigny. L’échelle sépare aussi les deux usines. Le catalogue français adopte tôt le 1/43, quand les miniatures Meccano anglaises oscillent longtemps entre le 1/48 et le 1/45, avant de grossir au 1/42 en 1963 face à la concurrence.
La fin arrive par étapes. Bobigny ferme au début des années 1970, une production réduite passe par l’usine Meccano de Calais, puis, à partir de 1974, une partie du catalogue français est confiée au sous-traitant espagnol Auto-Pilen. Notre tour d’horizon des jouets marquants des années 60 replace ces miniatures parmi leurs contemporains.

Voitures, camions, Supertoys : les familles du catalogue
Chaque famille du catalogue peut servir de fil conducteur à une collection. Les pièces anglaises conservées par le même musée londonien en donnent un aperçu :
- Les voitures de tourisme et de sport, dont une Volkswagen restée au catalogue de 1956 à 1970, en au moins deux teintes.
- Les utilitaires, comme une benne Bedford des années 1948 à 1954 qui se relève à la manivelle.
- Les Supertoys, nom donné en 1947 aux gros camions, jusqu’au char Centurion.
- Les véhicules militaires, comme un transport de troupes blindé produit de 1955 à 1962.
- Les avions et les navires, souvent vendus en coffrets.
- Dublo Dinky, lancée en 1957 au 1/76 pour les trains Hornby à l’échelle OO, retirée en 1963.
- Les séries télévisées, de Captain Scarlet en 1968 à Cosmos 1999 en 1978.
La concurrence a transformé les modèles. En 1956, Mettoy lance à Swansea les Corgi Toys, conçues pour rivaliser avec Meccano, avec des vitres en plastique transparent pour argument phare. Dinky répond par une surenchère d’équipements : suspensions, direction actionnée du bout du doigt, phares imitant des pierres taillées, apparus en 1963 sur la Holden Special.
En 1969, l’arrivée des Hot Wheels de Mattel au Royaume-Uni pousse la marque vers des roues à faible frottement, les Speedwheels. Côté propriétaires, Meccano passe au groupe Lines Brothers dans les années 1960, puis à Airfix en 1971, qui cède les usines de Liverpool en 1979. Binns Road ferme en novembre. La marque appartient à Mattel depuis 1997.
Reconnaître une Dinky Toys et la situer dans le temps
Trois lectures, dans cet ordre, dégrossissent la datation avant même de juger la peinture.
La plaque de fond, première chose à lire
Retournez la miniature avant de juger sa carrosserie. La plaque de fond d’une pièce anglaise des années 1950 porte la marque, le fabricant et le pays : le Victoria and Albert Museum décrit un camion-citerne de Liverpool, vers 1950, marqué Dinky Toys Made in England by Meccano Ltd, et une benne Bedford qui y ajoute le constructeur du véhicule réel.
Les pièces sous licence le disent aussi : la voiture de patrouille de Captain Scarlet, en 1968, mentionne une fabrication sous licence pour Century 21 Toys. Le marquage identifie pourtant le moule, pas l’exemplaire. Une référence peut rester au catalogue plus d’une décennie, et seuls les détails de finition départagent alors les tirages, selon la méthode pour lire un marquage moulé sans se tromper.
Références, roues et vitrages
La référence situe la période. En 1954, l’arrivée du traitement informatique des données pousse Meccano à renuméroter sa gamme anglaise : les codes à lettre, comme 23E ou 30M, laissent place à des numéros à trois chiffres.
Les roues racontent le reste, génération par génération :
- pneus en caoutchouc sur les modèles anglais des années 1950 ;
- roues en métal plein sur les françaises de l’immédiat après-guerre ;
- jantes moulées et suspension à ressorts sur la voiture de Captain Scarlet de 1968 ;
- roues Speedwheels à partir de 1969.
Les vitrages suivent la même logique : les habitacles entièrement vitrés se répandent chez Dinky après l’offensive de Corgi. Une berline anglaise du début des années 1950 aux vitres complètes mérite donc un second regard.
La boîte et ses mentions
Une boîte d’origine date souvent mieux que la miniature qu’elle contient. Les dernières générations anglaises adoptent la boîte à fenêtre en carton et cellophane, avec un calage en polystyrène découpé, comme pour un vaisseau de Cosmos 1999 sorti en 1978. Un copyright au nom d’Airfix place la pièce après le rachat de 1971 : c’est le cas d’une Citroën Visa de 1980, vendue en boîte à fenêtre et marquée fabriquée en France.

Originale, réédition Atlas ou pièce refaite
Depuis 2008, les éditions Atlas, rattachées au groupe De Agostini, rééditent sous licence des modèles des années 1950 et 1960, livrés aux abonnés. Ces rééditions Atlas sont honnêtes et vendues comme telles, mais circulent ensuite sans leur contexte. Leur plaque de fond porte le nom de l’éditeur et une fabrication en Chine : premier contrôle à faire sur une annonce.
Restent les pièces refaites. Une peinture trop tendue, sans éclat sur les arêtes ni usure aux points de contact, signale souvent un repeint. Des pneus trop souples et trop noirs sur une voiture des années 1950 évoquent un remplacement, fréquent et acceptable s’il est annoncé. Des rivets de plaque de fond marqués par un outil laissent penser que la caisse a été démontée.
Aucun de ces signes ne disqualifie une pièce à lui seul. Ils changent ce que vous achetez, et une remise en état déclarée rassure davantage qu’une restauration passée sous silence. Le vendeur qui détaille ses interventions inspire confiance ; celui qui reste vague justifie une estimation indépendante avant l’achat.
Conserver des miniatures en zamak sans les voir se fissurer
Une Dinky d’avant-guerre porte souvent sa menace dans son propre métal. Les alliages de zinc de cette époque contenaient des impuretés, du plomb notamment, qui provoquent une corrosion entre les grains du métal. La pièce se couvre de fines fissures et de cloques, gonfle, devient cassante et peut finir en morceaux.
La période 1938 à 1941 concentre les cas, d’où la rareté des modèles de ces années en bon état. Le phénomène est irréversible ; les objets fabriqués après 1960 sont généralement considérés comme à l’abri.
Vous ne réparerez pas ce métal, mais vous pouvez éviter d’accélérer sa dégradation. La note de l’Institut canadien de conservation consacrée à la mise en réserve des métaux recommande une humidité relative comprise entre 35 et 55 % pour une collection stable, et sous 35 % pour un objet qui se corrode activement. Elle rappelle aussi que la poussière déposée sur le métal retient l’humidité et peut contenir des polluants corrosifs.
La même note donne des pistes directement applicables à vos miniatures en zamak :
- Préférez des étagères métalliques à revêtement en poudre cuite aux meubles en bois, qui dégagent des composés soufrés et des acides organiques volatils.
- Attendez au moins quatre mois avant d’installer des métaux dans un meuble fraîchement peint à l’huile ou à l’alkyde.
- Rangez les pièces fragiles dans des boîtes en polyéthylène, sur une mousse de polyéthylène à cellules fermées.
- Calez-les avec du papier sans acide et sans réserve alcaline.
- Manipulez-les avec des gants de coton propres ou des gants en plastique.
Isolez enfin toute pièce qui se fissure, pour ne pas perdre ses fragments. Pour les vitrages en plastique des modèles tardifs, les gestes doux décrits pour nettoyer un jouet ancien en plastique valent aussi.

Bâtir une série de Dinky Toys qui tient debout
Choisissez un fil avant d’acheter : une usine, une décennie, une famille du catalogue. Une série Dinky construite autour des utilitaires anglais d’après-guerre ou des berlines françaises au 1/43 se complète et se lit d’un coup d’œil, là où des achats au hasard mélangent échelles et époques.
Commencez par une pièce courante achetée en main propre. Elle vous apprend le poids du zamak, l’aspect d’une peinture d’origine et la frappe d’une plaque de fond, trois repères qu’une photo transmet mal. Les conseils pour choisir une boutique de jouets anciens sérieuse vous aideront ensuite à écarter les annonces floues.
Prochaine étape : retournez chacune de vos miniatures et notez l’usine, la référence, le type de roues et l’état de la boîte. Sortez ensuite des meubles en bois toutes celles qui datent d’avant-guerre. Ce simple inventaire suffit déjà à situer l’essentiel de votre collection.
La rédaction Jouets Vintage
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