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Soldat de plomb : reconnaître et dater une figurine

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La rédaction Jouets Vintage
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Un soldat de plomb se date par trois indices : le marquage moulé sous son socle, la matière et son poids, la forme du socle. Britains signe en relief, CBG Mignot frappe ses initiales, Starlux moule son nom dans le plastique. La peinture et l’oxydation confirment ensuite l’époque.

Alignement de petites figurines militaires anciennes peintes à la main sur une table en bois clair

Le vrai plaisir de ces figurines commence quand tu cesses de les regarder de face. Retourne-les, soupèse-les, mesure-les : chaque geste retire une hypothèse et rapproche d’un atelier, d’un pays, d’une décennie.

Cinq matières, cinq époques du petit soldat

Le terme recouvre bien plus que le métal gris. Sous l’étiquette « soldat de plomb » se rangent cinq familles de matériaux, apparues dans un ordre chronologique assez net, et cet ordre constitue déjà un outil de datation.

Les premiers petits soldats furent en papier. Strasbourg en fait sa spécialité dès le XVIIIe siècle : des marchands y vendent des planches de soldats à découper, à peindre et à coller sur un plot de bois. Les Musées de la Ville de Strasbourg conservent une collection d’environ 60 000 de ces figurines de papier, réparties dans quelque 350 boîtes.

Viennent ensuite les plats d’étain, spécialité des fondeurs de Nuremberg à partir du XVIIIe siècle. Coulés dans des moules d’ardoise gravée, ils mesurent un à deux millimètres d’épaisseur et se lisent de profil, comme une gravure mise debout. Le format de 30 millimètres domine cette production.

Le plomb massif prend le relais au XIXe siècle chez les fondeurs parisiens. La rupture industrielle arrive en 1893 : William Britain Junior met au point la coulée en plomb creux, procédé documenté par le National Army Museum de Londres. Le métal fondu est versé dans le moule, puis l’excédent ressort avant la prise complète. La figurine devient vide, donc légère et bon marché, sans rien perdre de son relief.

L’aluminium tente sa chance en 1933. La fonderie d’art d’Émile Quirin, à Luxeuil-les-Bains, lance des figurines dites incassables sous la marque Quiralu, contraction de Quirin et aluminium. La concurrence du plastique la pousse à fermer au début des années 1960.

Le plastique injecté balaie ensuite le marché. Les soldats en plastique coûtent moins cher, ne s’écaillent pas et suppriment le risque toxique. Britains arrête sa production de plomb en 1966, la réglementation britannique de sécurité ayant fermé la porte, et bascule sur ses gammes Herald puis Deetail, lancée en 1971. Ce basculement traverse tout le rayon jouet de l’époque, comme le montrent les jouets des années 60 où le métal recule année après année.

Les maisons et leur façon de signer

Reconnaître un fabricant revient à croiser trois choses : une signature moulée, une silhouette de socle et une palette de peinture.

CBG Mignot ouvre la liste française. La maison naît à Paris en 1825 et les trois lettres sont les initiales d’Augustin Cuperly, Englebert Blondel et Sosthène Gerbeau. En 1928, elle absorbe son concurrent historique Lucotte, né au XVIIIe siècle, et récupère au passage la boutique parisienne Au Plat d’étain, créée en 1775. Fermée en 1992, la maison repart en 1994 sous l’impulsion de deux collectionneurs et installe son atelier de peinture à La Breille-les-Pins, en Maine-et-Loire.

Lucotte se repère à ses cavaliers assemblés en pièces séparées et à la finesse de sa gravure. Ses figurines en plomb comptent parmi les plus recherchées du marché français, et une marque frappée reprenant les initiales de la maison accompagne souvent les sujets d’époque.

Britains impose le standard mondial du creux et du 54 millimètres. Ses socles ovales très fins portent en relief le nom de la firme, la mention d’origine anglaise et une date de dépôt du modèle.

Timpo naît à Londres en 1938 sous le nom de Toy Importers Company, fondée par Salomon Gawrylovitz, réfugié allemand. La firme passe au métal creux après la Seconde Guerre mondiale, puis au plastique en 1954, à l’échelle 1/32. Ses fameux swoppets, à membres et armes interchangeables, la rendent identifiable au premier coup d’œil. Elle dépose le bilan en 1979.

Starlux mérite une mise au point. Beaucoup d’annonces promettent un soldat en plomb Starlux : la mention est fausse dans la quasi-totalité des cas. Fondée en 1948 à Coulounieix-Chamiers, près de Périgueux, par Pierre Beffara et son cousin Michel, la marque a construit sa réputation sur le plastique injecté peint à la main, avec jusqu’à 250 salariés à son apogée. Elle sort la première gamme de dinosaures du jouet français en 1969, avant sa liquidation judiciaire de 1996 et sa fermeture définitive en 2005.

Figurines militaires miniatures triées par famille sur un plateau de feutrine grise

Retourner la pièce : le socle avant tout

Le dessous du socle concentre l’essentiel de l’information. Prends une loupe et une lampe orientée de côté : la lumière rasante révèle des reliefs invisibles de face.

Trois éléments s’y lisent :

  • Le nom du fabricant, moulé en relief ou frappé au poinçon après démoulage.
  • Le pays d’origine, souvent imposé par les règles douanières d’exportation.
  • Une année, qui date le dépôt du modèle et non l’exemplaire que tu tiens.

Cette dernière nuance élimine beaucoup d’erreurs de datation. Un moule créé en 1938 reste en service des années durant : une pièce coulée en 1955 affichera encore 1938. La date situe une génération, jamais un millésime de production.

Ce que dit la forme du socle

Les socles ovales très fins signent une production creuse d’avant-guerre. Les socles rectangulaires épais, souvent texturés en herbe ou en terre battue, appartiennent au plastique d’après 1950. Un socle rond et lourd, laissé brut de coulée, renvoie plutôt à une fonte artisanale ou à une reproduction récente.

Reste le cas fréquent du socle nu. L’absence de marquage ne condamne rien : beaucoup de petites fonderies ne signaient pas leurs sujets, et un socle poncé pour effacer une réparation existe aussi. La suite de l’examen tranchera.

Poids, joint de moule et échelle

Repose la figurine dans ta paume et compare-la mentalement à un objet connu. Le plomb massif surprend toujours par sa densité, très supérieure à celle de l’étain, de l’aluminium ou du plastique. Une pièce creuse pèse nettement moins et sonne légèrement quand tu la tapotes du doigt, mais elle reste bien plus lourde qu’une figurine plastique de même taille.

La couleur du métal nu, visible sur un éclat de peinture, complète le diagnostic. Le plomb prend une teinte grise mate et se raye à l’ongle. L’étain reste plus clair, plus brillant, et résiste mieux à la corrosion : les alliages riches en étain rendent d’ailleurs les soldats en étain plus stables dans le temps. L’aluminium des Quiralu, lui, reste très léger et sonne clair.

Cherche ensuite le joint de moule, cette ligne fine qui court sur les flancs de la pièce. Un joint net, ébarbé proprement, révèle une production soignée. Un joint épais, laissé brut, trahit une fonte tardive, un moule fatigué ou une copie tirée depuis un original.

Les échelles à connaître

Le 30 millimètres est le format des plats d’étain de Nuremberg. Le 54 millimètres, soit environ le 1/32, s’impose comme le standard international après son adoption par Britains, et Timpo cale ses gammes plastique sur la même base. Mesure toujours du dessous du socle au sommet du crâne, casque et plumet exclus, sinon tes comparaisons se décalent d’emblée. Cette discipline de mesure fait partie des réflexes de base du collectionneur de jouets anciens.

Main gantée présentant le dessous nu du socle d’une figurine ancienne sous une loupe

Peinture d’origine, repeints et reproductions

La peinture décide de la valeur d’un soldat de plomb bien plus que son âge. Une pièce sortie d’usine porte des aplats posés vite, à main levée, avec de légers débordements et des zones laissées nues sous les bras ou sous le ventre, là où le pinceau de l’atelier ne passait pas.

Un repeint moderne se repère à l’inverse : trop de soin. Couleurs franches et régulières, brillance uniforme, ombres travaillées au lavis, yeux détaillés à la pointe fine. Autant de signes d’un travail d’amateur éclairé, pas d’une chaîne de peinture des années 1930. Regarde aussi le creux des plis, où l’ancienne couche subsiste souvent sous la nouvelle.

Les reproductions posent un problème différent. Un moule pris sur un original donne une copie légèrement plus petite, car le métal se rétracte en refroidissant, et nettement plus molle de détail. Poser deux exemplaires côte à côte suffit souvent à trancher, selon la logique décrite dans notre méthode pour reconnaître un jouet ancien authentique.

Un repeint annoncé comme tel garde une vraie valeur décorative. Un repeint tu, vendu comme peinture d’origine, efface au contraire la majeure partie de la cote. Les amateurs chevronnés préfèrent une pièce fatiguée mais sincère à une pièce refaite à neuf, et nos repères d’estimation des jouets anciens reposent d’abord sur cette sincérité de surface.

Figurines militaires anciennes rangées dans un bac de conservation en plastique translucide

Ranger une série sans la voir blanchir

Le vrai ennemi porte un nom : la maladie du plomb. Le métal se couvre d’une poudre blanche peu adhérente, tantôt uniforme, tantôt en petits points, qui gonfle sous la peinture et la fait sauter par plaques.

Le mécanisme est documenté par l’Institut canadien de conservation : le plomb est attaqué par les vapeurs d’acides organiques, l’acide acétique en tête, émises par les bois et leurs dérivés. Les feuillus figurent parmi les pires émetteurs, le chêne en particulier. Une vitrine en chêne massif, un tiroir de commode ancienne, une caisse contreplaquée : chacun devient une petite chambre à corrosion dès que l’air y stagne.

Quelques gestes simples stoppent le processus :

  • Retire tes figurines de tout meuble en chêne et de toute boîte en bois brut.
  • Range-les dans des bacs en polypropylène, à l’abri de la lumière directe.
  • Vise une hygrométrie stable et modérée, sans à-coups d’une saison à l’autre.
  • Écarte les mousses de rembourrage qui se dégradent en acidifiant l’air du bac.
  • Manipule par le socle, jamais par les baïonnettes ni les plumets.

Une collection de soldats de plomb correctement rangée traverse les décennies sans broncher. Les sujets plastique de la même vitrine demandent, eux, une attention différente, décrite dans notre guide du nettoyage des jouets anciens en plastique.

Dernier point, et le plus sérieux : le plomb et ses produits de corrosion restent toxiques, l’Institut canadien de conservation le rappelle explicitement. Lave-toi les mains après chaque séance de tri et tiens ces pièces hors de portée des jeunes enfants. La directive européenne 2009/48/CE sur la sécurité des jouets encadre aujourd’hui strictement la migration du plomb, via la norme NF EN 71-3 dont les valeurs révisées s’appliquent depuis le 28 octobre 2018. Ces figurines anciennes sont des objets de collection, plus des jouets.

Prochaine étape : sors ta série, photographie chaque dessous de socle à la lampe rasante, puis note matière, échelle et état de peinture dans un tableur. Trois soirées suffisent pour une centaine de pièces, et tu sauras enfin ce que tu possèdes vraiment.

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La rédaction Jouets Vintage

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